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Qui peut prétendre avoir déjà vu la peur sur le visage d’un homme ? La peur. La vraie peur au sens propre du terme, la peur d’un homme qui craint pour sa vie, celle de sa femme et de ses enfants… La peur d’un homme qui sait que d’un moment à un autre, il peut devenir une victime. Il attend dans une angoisse terrible que le temps passe et que le danger s’éloigne…

La forme la plus terrible de la peur…

Je ne m’étais jamais posé cette question et pourtant, cette semaine, pour la première fois de ma vie, sans doute, j’ai pu lire cette peur sur le visage d’un homme. Je ne pourrai jamais oublier ce visage et tout ce que j’y ai lu.

Ceci s’est passé à Lodja, une cité située en pleine brousse, au cœur de la République Démocratique du Congo.

Nous y vivons depuis septembre 2009, ma femme et moi, dans le cadre d’une mission humanitaire. Notre sentinelle nous réveille au beau milieu de la nuit. Nous sommes le 28 avril 2010.

En une fraction de seconde, je comprends que quelque chose ne va pas. Il nous explique que l’insécurité règne, en ce moment précis à Lodja. Des bandes de jeunes galvanisés par des politiciens, la drogue et la haine, pillent et brûlent des maisons. On voit des fumées qui s’élèvent dans la nuit étoilée par delà la clôture de bambous de notre maison.

Je ne comprends pas. Hier tout allait bien. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Je devine. Un conflit latent d’ordre ethnique subsiste à Lodja : les hommes de la savane contre les hommes de la forêt. Un incident récent concernant une injustice soi-disant commise au profit des habitants de la savane a réveillé les vieilles rancoeurs.

Au moment d’écrire ces lignes, je vois bien oh combien cette distinction peut paraître futile et peu compréhensible au lecteur. Et pourtant, cette distinction existe. Une même race, un même peuple, le peuple Tetela, se déchire depuis plusieurs décennies en raison de l’appartenance de chacun à son milieu d’origine : la savane ou la forêt. La cité de Lodja est située en forêt, mais de nombreuses familles originaires de la savane habitent la cité depuis plusieurs générations.

Les jeunes qui se déchaînent au dehors sont des partisans de la forêt, des fanatiques dangereux. Ils ciblent les maisons des habitants de la savane. On ne sait pas de quoi ils sont capables.

Notre sentinelle est de la savane. Nos nombreux voisins, originaires de la forêt le savent et il se sent menacé. Tout peut arriver. Je peux lire la peur sur son visage. Lui si fort, responsable d’une nombreuse famille, toujours le sourire aux lèvres, cet homme que je connais si bien, est pour la première fois désemparé ; à la merci de n’importe qui et de n’importe quoi.

La peur commence à me gagner. Mais ce n’est pas la même peur que lui. J’ai simplement peur que quelque chose se passe, mais je ne crains ni vraiment pour notre vie, ni pour notre habitation, bien que les risques soient grands. Je ne suis pas de la savane et je sais que les blancs, très peu nombreux dans la province (6 pour 1,5 million d’habitants) sont respectés et considérés avec égards. Bien que les criminels qui font rage à quelques centaines de mètres de nous soient capables de tout, je sens qu’il ne peut rien nous arriver de vraiment grave.

Les bandes au dehors ravagent tout sur leur passage. Notre sentinelle sait que son tour peut venir. Quelle injustice, quelle sentiment d’impuissance… Sa maison est située sur la parcelle attenante à la nôtre. Je vois déjà ses enfants qui passent les casseroles, les instruments de cuisine, les habits par-dessus la clôture, chez nous, pour mettre à l’abris leurs quelques biens. Il me demande si sa famille peut dormir chez nous cette nuit. Il m’indique que plusieurs maisons ont été brûlées et pillées à moins de 200 mètres de nous.

A notre tour de protéger et de veiller sur notre sentinelle (et sa famille) qui nous veille toutes les nuits depuis déjà 7 mois. Les rôles sont inversés et je suis loin d’être à l’aise dans mon nouveau rôle.

La nuit se passe…

J’apprends le lendemain que la décision de faire venir la famille de notre sentinelle chez nous n’était pas dénuée de sens. D’après les agents de la Caritas, centre de projets de développement au sein duquel nous travaillons, notre petite maison ferait un peu office d’ambassade et on me confirme que rien n’aurait pu nous arriver… en théorie évidemment. Douze maisons ont été incendiées dans notre quartier. Celle de notre sentinelle n’a pas été visitée. Les familles victimes de ces incendies et pillages se retrouvent à la rue sans rien.

Les rues sont désertes. Personne ne sort de peur de nouveaux attentats ou de représailles. Nous allons quand même travailler. Les nouvelles vont vites. Les radios locales diffusent des informations partielles et erronées. Le soir, au bulletin d’information de Kinshasa, nous apprenons qu’un conflit ethnique se réveille à Lodja.

La situation était grave et aurait pu empirer. Heureusement, les choses sont rentrées petit à petit dans l’ordre après les multiples interventions de l’administrateur du territoire, des responsables des divers partis politiques et plus récemment, aujourd’hui, de l’intervention du gouverneur provincial qui a fait un plaidoyer pour la paix à Lodja au cours de son meeting.

Des maisons continuent cependant à être incendiées toutes les nuits. Mais elles ne constituent plus que des actes isolés. Le groupe responsable de toute cette agitation s’est disloqué, la majorité de ses membres ayant pu être arrêtée par les forces de l’ordre, fort heureusement pour le maintien de la paix et de la démocratie si instable dans ces régions.

Cette paix, prônée par les responsables politiques aurait bien pu devenir une utopie après une manifestation pour la paix menée la semaine dernière à Lodja pour protester contre l’insécurité des derniers jours. Des affrontements ont eu lieu. La police a même tiré contre les manifestants. Deux manifestants se sont retrouvés dans un état grave à l’hôpital.

Il faut dire que cette manifestation avait été interdite par les autorités. Que dire d’un pays, ou tout du moins d’une cité, qui refuse à ses habitants le droit fondamental de protester, de surcroît pour le maintien de la paix, alors même que ce droit est prévu par la loi ?

Malgré les appels au calme et la diminution des pillages et incendies, les familles de Lodja vivent encore dans l’insécurité. La Caritas viendra en aide aux victimes avec la distribution de kits non alimentaires pour donner un minimum à ceux qui ont tout perdu. Nous visitons donc toutes ces familles, dont certaines restent introuvables, terrées chez des connaissances qui ne trahiront pas leur anonymat. Certaines songent même à quitter définitivement la province, sentant qu’elles ne seront plus jamais en sécurité.

Espérons que les leaders politiques arriveront à contenir toute forme nouvelle d’agitation et que la paix reviendra de manière durable dans la province.

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Bonjour à tous,

Voici mon premier article sur ce blog.

Avant donc de procéder à quelques présentations, je souhaite remercier l’équipe de Blogauteur qui m’accueille au même titre que les autres auteurs déjà présents sur la blogosphère. J’en suis très honoré.

Je me considère moi-même comme un jeune auteur. Bien que n’ayant pas fait de l’écriture mon métier, j’ai succombé au plaisir de me laisser littéralement happé par cet exercice qui empêche celui qui s’y adonne de dormir, de manger ou de se préoccuper de quoi que ce soit d’autre tant qu’il n’a pas retraduit exactement ce qu’il ressentait…

J’ai rédigé mon premier et unique livre (pour le moment) après un périple d’une année à travers le monde. Ce voyage m’a conduit, seul pour une grande partie, notamment en Asie du Sud-Est et en Amérique Latine. J’ai voyagé à pied, en bus ou autres moyens de transports terrestres. J’ai également effectué une partie de mon voyage à la voile, une de mes grandes passions, en traversant le cap Horn avec des argentins, puis l’océan Atlantique avec un équipage de 4 français. Ceux qui ont déjà lu le livre savent à quel point cette traversée fut épique…

Je retrace dans ce livre mon itinéraire et les différentes étapes, anecdotes et tranches de vies qui ont ponctuées mon parcours. J’ai essayé de traduire et retranscrire tout au long de ce récit, les différentes visions et réflexions qui m’ont accompagnées tout au long de ce chemin d’une année ; visions nouvelles et réflexions concernant le regard neuf que je pouvais porter sur le monde extérieur et le voyage en général.

De retour de ce voyage fin 2005, je suis rentré à Paris, ma ville natale. Après m’être marié avec la plus extraordinaire femme qui soit (cela va sans dire !), nous avons cheminé vers une nouvelle aventure tout aussi palpitante et enrichissante qu’un voyage de routard en solitaire, si ce n’est 10 fois plus ! Nous avons réfléchi à l’idée de partir 2 ans en tant que Volontaires de Solidarité Internationale (un statut français) avec l’ONG catholique FIDESCO. Après une année de réflexion, nous avons été parachutés en République Démocratique du Congo pour une mission de 2 ans.

Voici déjà 7 mois qui nous vivons en pleine brousse, à plusieurs centaines de kilomètres de toute grande ville. Nous vivons dans une région de 2 millions d’habitants, aussi grande que la Belgique. Aucune route n’accède à la province. Seul l’avion permet de nous rencontrer ! Ou le bateau, grâce au réseau fluvial, mais il faut compter au moins 3 mois de transport au départ de Kinshasa, la capitale du pays !

J’aimerais vous livrer tout au long de ce blog, notre vision du développement et de la solidarité. Nous étions pleins d’idées reçues comme tout le monde sur ce vaste sujet. Aujourd’hui acteurs du développement, notre vision s’affine tous les jours. Certaines de ces idées tombent, d’autres restent et se renforcent, de nouvelles émergent.

Nous travaillons ma femme et moi dans un centre de la Caritas Internationalis, bras droit de l’Eglise pour toutes les problématiques de développement social dans le monde. Le travail est dense, les résultats bien qu’embryonnaires sont prometteurs. Les deux devises que nous véhiculons et dont nous avons fait les maîtres-mots dans notre centre sont les suivantes :

- Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front (Genèse 3,17-19)

- Quand un homme à faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson (Confucius)

Ces concepts bien que basics et de bons sens à la première lecture, sont loin d’être les maîtres mots d’une grande partie des ONG et gouvernements qui préfèrent bien souvent faire tomber une pluie de dollars afin d’apporter leur contribution au développement sans aller plus loin dans l’accompagnement et les stratégies à adopter en fonction du terrain ! Car aussi évident que cela puisse paraître, le terrain n’est pas le même d’une région à une autre, d’une ville ou d’un village à l’autre !

Nous sommes les témoins de dégâts qui sont ou qui ont été causés par certaines ONG qui au lieu de contribuer au développement apportent une aide substantielle qui ne fait que creuser les écarts et encourager l’assistanat. Surtout dans une région ravagée par la guerre qui après des opérations d’urgences absolument nécessaires et indispensables pour redresser le pays, est étouffée dans son développement par des aides totalement déstructurées qui ne font plus la différence entre les opérations d’urgence et les opérations de développement.

Bien souvent les responsables n’ont aucune idée de ce qu’il se passe sur le terrain, c’est sans doute la principale faille du système : des idées véhiculées dans le monde occidental sur la manière de procéder, qui bien que porteuses d’espérance et de solidarité, ne peuvent que s’écarter de la réalité, tant qu’il n’y a pas de connaissance du terrain.

J’aimerais vous faire partager tout au long de cette mission, nos réflexions, nos projets à la Caritas et la vie de volontaires en brousse en RDC, pays qui a beaucoup souffert du despotisme pendant de longues années et de multiples guerres, encore actuelles et violentes à l’Est du pays ou la plus grande force de l’ONU au monde en termes d’effectifs y est déployée.

Mes articles seront malheureusement distants en raison de la connexion Internet et des difficultés éprouvées à me connecter sur le site. J’essaierai néanmoins de vous livrer mes réflexions et de vous apporter un éclairage sur ce que signifie une mission de Volontaire de Solidarité International aujourd’hui. Autant que possible…

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